Moebius: Transe Forme à la Fondation cartier

CMJN de base

Un mardi glacial de décembre. Il pleut à verse. Mon président vénéré ayant une
obligation aussi secrète qu’incontournable, je suis donc missionné pour le
remplacer à la soirée VIP organisée par la Fondation Cartier « Moebius
Transe Forme »
pic24520.jpg

Moebius, génie incontesté de la BD, ce qui fait que j’affronte, trempé et ravi,
la noirceur du Boulevard Raspail. A la loge, mon nom est bien là, hop je suis
escorté souplement dans le hall d’entrée et l’attaché de presse m’incorpore
diligemment à un petit groupe nerveux de blogueurs des deux sexes


La planète Encore070.jpg


Tout de suite un film d’animation en 3D, avec les atroces mais
indispensables lunettes: « La planète Encore ». Adapté d’une bande
dessinée de l’artiste, coréalisé par Moebius et Geoffrey Niquet, 8 minutes de
bonheur, une bonne introduction à l’univers de Moebius, mais qui ravira les
amateurs confirmés, dont je suis. Le film présente également parfaitement le
thème central de l’exposition, la métamorphose. Un bel objet donc, lumineux et
onirique, avec quelques fulgurances un peu troubles, qui évoquent les
« yeux du chat ». Un peu court quand même. G_274_8.jpg

Retour dans le hall, ou notre hôte nous confie aux soins d’une guide
parfaitement pénétrée des enjeux de sa mission. Patatras, le premier étage est
envahi, elle doit modifier en catastrophe son agenda. Suit une minute de
confusion amusante, qu’elle résout en nous emmenant au sous-sol, donc à
l’envers du schéma habituel.


Le sous-sol


FC-Vernissage-Moebius-106.jpg

© Photo : Olivier Ouadah


Personnellement je trouve ça bien, car du coup, on est directement plongé
dans un univers crépusculaire, où des oasis brillamment colorées illustrent
divers concepts et périodes du maître. Ici un bestiaire complet en petits
cartouches noir et blanc (« les animaux de Mars »), là une série
d’acryliques rétro éclairés montés sur hauts pilotis, quelques cristaux.
FC-Vernissage-Moebius-066.jpg

© Photo : Olivier Ouadah


Sur un des murs s’expose des créatures imaginées pour les travaux
préparatoires d’Abyss, méduses pilotées par des clones d’Arzach, ou un
spectaculaire humanoïde tentaculaire pour le 5° élément de Besson. Sur le mur
d’en face, une série de planches monte une la succession d’états d’une
envahissante mutation, aussi belles que dérangeantes. Transforme.JPG

On y retrouve les thèmes et les obsessions de Moebius : la métamorphose,
évidemment, mais aussi la médiation, le désert, l’interpénétration du rêve dans
le réel, le mélange organique, métallique et minéral, sous l’apparence
d’improbables assemblages, et dont les extraordinaires couleurs, dégradés et
formes oniriques manifestent son immense talent.


Omniprésents aussi, la dualité (dont les fameuses chaussures bicolores ne
sont qu’un exemple, pensez aussi à l’Incal), le personnage du chaman, avatar
transparent de l’artiste, et des animaux compagnons/maîtres aussi extravagants
que subtilement dérangeants. FC-Vernissage-Moebius-069.jpg

© Photo : Olivier Ouadah


La ligne Moebius est partout, sa vision aussi, impétueuse et douce à la
fois, mais surtout terriblement belle.


Une heure a passé, notre guide est parfaite, un peu docte mais sachant
s’adapter, et visiblement inspirée par son sujet. Il est temps de partir du
début, et donc de monter au RDC, que nous avons escamoté tout à
l’heure.


Le ruban de Moebius


FC-Vernissage-Moebius-207.jpg

© Photo : Olivier Ouadah


Le premier niveau, au rez-de-chaussée donc – j’espère que vous suivez – est
entièrement occupé par un ruban de Moebius. Je vous épargne, le concept, ainsi
que son équivalent 3D


Sur ce ruban, les différents avatars du maître, avec les univers où ils
évoluent, de Blueberry à John Difool.


La_Deviation.jpg

On commence par des autoportraits, notamment dans le cadre de la Déviation, où
l’artiste, avec femme et enfant, s’égarait dans un univers dantesque. Beaucoup
d’autodérision dans ces dessins, mais toujours un trait d’une grande fluidité,
minutieux et lâche à la fois. A noter aussi les planches extraites d’Inside
Moebius, où la dualité au cœur de son œuvre s’exprime dans de multiples
compartiments, avec comme leitmotiv la fuite du temps.


blueberry_A4_QUADRI.jpg

Plus classique, mais cher à mon cœur, Blueberry, où l’on reste fasciné par
l’évolution du physique du héros, jeune premier dans les premiers albums, puis
de plus en plus marqué par la vie et les passions, le jeune lieutenant
idéaliste laissant la place à un héros fatigué, complexe, sensuel et
animal.


Outside02.jpg

Ou Harzach, Arzak, guerrier extraterrestre voyageant sur un oiseau hybride,
mi-organique, mi-mécanique qu’il passe son temps à réparer, Arzach est l’un de
mes préférés, avec le Major Fatal. Peut-être parce que je l’associe aux
planches follement débridées du mythique Métal Hurlant, où il parut pour la
première fois en 1975.


Garage_Hermetique.JPG

Dans la même veine, le Major Grubert, créateur du Garage hermétique, avec ses
trois niveaux déments, comme le Désert B, absurde et jouissif. Nulle logique
dans cet univers très accordé sur les phantasmes de Moebius, aussi réjouissant
que déjanté.


FinalIncal01.jpg

En collaboration avec Jodorowsky, c’est la série de l’Incal (encore la dualité,
poussée ici à son paroxysme). Univers aussi pessimiste que chatoyant (la scène
d’ouverture se situe à « Suicide Allée » où des foultitudes de gens
d’origines multiples se suicident en masse), la série est une totale réussite,
avec des personnages d’une étonnante tessiture.



jardins08.jpg

Moins ma came, enfin Stel et Atan, mais emblématique du thème central de
l’exposition : Stel et Atan initialement femme et homme, changent de sexe.
Le maléfique Paterne qui se dresse entre eux, est un être en changement
perpétuel.


La_Chasse_au_Major.jpg

Deux heures donc de pur enchantement. Félicitations appuyées au commissaire de
l’exposition, à notre guide, aux différents organisateurs, à la Fondation
Cartier et bien entendu … FC-Vernissage-Moebius-170.jpg

© Photo : Olivier Ouadah


Merci au maître lui-même, dont le travail puissant et versatile, incroyable
en qualité comme en quantité, accouche sans relâche foultitude d’univers sages
ou fous, délirants et oniriques, mais surtout incroyablement beaux.


Une exposition incontournable, dans un cadre magnifique. Eh, chef, je peux y
retourner ?


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